Géologie à Noailhac

 

Vous trouverez ci-dessous le texte et les documents préparés par Guy et Maryse CHANTEPIE, pour nous accompagner dans une découverte passionnante de la géologie de la région.

Nous vous invitons également à observer ces phénomènes sur le terrain, en profitant de circuits mettant en évidence les aspects géologiques les plus remarquables, témoins actuels d'une longue évolution au fil des époques :

- Le circuit routier de la Faille de Meyssac, créé par la Communauté de Communes des Villages du Midi Corrézien, comportant 5 stations dont deux sur la commune de Noailhac, avec des panneaux explicatifs illustrés ( tous renseignements utiles auprès de l'Office de Tourisme de Collonges/Meyssac ).

- Un circuit pédestre sur les hauteurs de Meyssac complète cette démarche, avec une observation orientée sur la faune et la flore (Mis en place par la Com Com - Informations : Office de Tourisme).

- La randonnée de découverte géologique à Noailhac, circuit pédestre accompagné par Guy et Maryse Chantepie, membres de l’association Festheria. . Cette randonnée est habituellement organisée en juillet. Se renseigner auprès de notre association.

 

 

L’Espace de Découverte de la Faille de Meyssac et de la Pierre

espace découverte


Il a été aménagé par la municipalité avec le soutien de Guy et Maryse Chantepie et de l’association Noailhac Mémoire et Patrimoine.

Cette salle d’exposition sur la géologie, inaugurée le samedi 30 mai 2015, explique et illustre la géologie de la région. Huit panneaux descriptifs,

panneau

 

cinq vitrines,

vitrinesvitrine

une maquette,

 

 

des pièces fossiles imposantes,

fossile

 


sont en place, complétés par d’exceptionnelles traces fossiles d’animaux

traces fossiles

ou de végétaux


présents sur nos terres il y a des millions d’années.

Située au centre du bourg, près de la salle des fêtes, elle est ouverte au public tous les jours de 10h à 18h. Entrée libre.



Qu'est-ce-que la faille de Meyssac ?

Une longue histoire est inscrite dans notre sous sol, mais comment la décrypter ?

Utiliser les ressources locales et vivre avec les risques naturels à Noailhac.

 

-Pour bien comprendre la situation, il faut d’abord quitter l’échelle de temps humaine pour retrouver le contexte géologique régional : il y a environ 300 millions d’années, notre région était occupée par une jeune chaine montagneuse, la chaine varisque (ou hercynienne). Imaginez quelque chose d’équivalent  ou de plus imposant encore que la chaine himalayenne actuelle…On en retrouve aujourd’hui des témoins en Europe sur plus de 5000 km, du sud du Caucase au sud espagnol, mais aussi outre Atlantique sur le continent nord américain (ah ! la tectonique des plaques, que c’est compliqué, imaginer une telle mobilité de matériaux solides, à l’échelle planétaire!).

 

Quand  la chaine montagneuse cesse de « grandir », l’érosion devient prédominante et les produits du démantèlement de la montagne vont être charriés vers des bassins de piedmont : entre moins 300 et  moins 230 millions d’années environ, le « bassin permo-triasique de Brive » se remplit (tout en s’affaissant) de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur de sédiments continentaux.  C’est à cet ensemble détritique qu’appartiennent les fameux grès clair, bariolés ou rouges, et les argiles rouges qui affleurent dans  la région de Brive à Meyssac. (D’autres bassins du même type se retrouvent sur l’ancienne bordure de la chaine, comme dans les régions de Rodez, St Affrique, ou Lodève par ex.). La couleur rouge des grès provient essentiellement d’oxydes de fer issus de l’altération des roches.

 

-Qu’advient-il d’une chaine usée, démantelée, au large de laquelle s’ouvre un nouvel océan vers l’ouest ? Elle se fait progressivement envahir par la mer, dont nous trouvons les premiers témoignages locaux dans les dépôts d’âge hettangien (visibles par exemple vers Jugeals, Noailles,…). On parle de transgression marine, et ces premiers dépôts marins sont littoraux, on y trouve des restes fossilisés de végétaux terrestres (souvent lignitisés). Par la suite, le rivage progressant vers le cœur du Massif Central, notre région se trouve alors en milieu franchement marin : à la fin du jurassique inférieur et au jurassique moyen, Noailhac était donc  sous l’eau salée dans laquelle s’ébattaient joyeusement des céphalopodes (ammonites, bélemnites) au dessus de coquillages et autres organismes vivant sur le fond (Pholadomyes, rhynchonelles, térébratules, pecten, encrines). Oh, j’allais oublier les coraux que l’on trouve dans le calcaire oolitique bajocien de la région de Turenne ! Mais alors, on était dans une mer chaude ? Eh bien oui, là encore la tectonique nous a ramenés depuis cette époque d’une latitude équivalente au Sud du Sahara actuel à notre localisation du jour. Il est vrai que j’avais oublié de préciser que notre chaine varisque s’était formée pour partie dans l’hémisphère sud, que de chemin parcouru ! Les fossiles que vous pouvez trouver dans les environs sont donc riches en informations sur notre passé.

 

-L’histoire étant souvent un renouvellement, notre vieille Europe s’est agrandie par la mise en place de nouvelles chaines montagneuses depuis 65 millions d’années, les Alpes et les Pyrénées pour ce qui nous concerne de près. Le contrecoup alpin a « rajeuni » le Massif Central, avec une régression marine importante amorcée dès le crétacé, et depuis, notre histoire géologique est  à nouveau continentale (et mouvementée).

 

Depuis que vous l’attendiez, la Faille de Meyssac  trouve enfin ici sa place : une grande faille dont on parle de plus en plus, alors, c’est comme San  Andreas ?

Rassurez-vous immédiatement, PAS DU TOUT …

 

-Ce qui permet aujourd’hui de localiser la faille, c’est un contact cartographique anormal entre des terrains d’âge différent de part et d’autre d’un tracé légèrement sinueux : on retrouve au nord de ce tracé à l’affleurement  les terrains permo-triasiques du bassin de Brive et au sud de ce tracé des roches (marnes et calcaires marins) d’âge jurassique  constituant le causse. On peut aussi repérer cet accident géologique en vue aérienne ou au sol en notant le contraste entre deux « pays » : au nord, se développent les taillis de châtaigniers et quelques prairies éparses pour élevage de bovins, au sud on passe dans le pays du noyer et de larges prairies ou terres à céréales, avec, vers le sud-ouest, le chêne rabougri du causse de Turenne.

 

-Si on réalisait un sondage profond au sud de la faille, après avoir traversé les sédiments marins jurassiques de plus en plus anciens, on rencontrerait en dessous la formation détritique permo-triasique : la faille a donc simplement décalé verticalement deux compartiments majeurs, le sud s’étant enfoncé par rapport au compartiment nord. Le décalage total atteint plusieurs centaines de mètres, mais s’est mis en place par saccades successives au fil des millions d’années.
-Cette faille correspond certainement à une cassure ancienne (varisque) réactivée lors de l’orogenèse alpine, mais elle est totalement inactive aujourd’hui, il n’y a donc pas de risque de tremblement de terre majeur dans la région.

 

Alors, pourquoi « ça bouge » et pourquoi des contraintes  suite à l’inventaire départemental des mouvements de terrain ?

-Les glissements historiques comme celui de 1914 (très destructeur) ou d’autre plus récents ne sont que des mouvements superficiels ne dépendant pas directement de la faille ; certes, il existe un dénivelé entre le permien rouge et  le causse jurassique, mais la cause majeure des glissements se trouve dans la nature ou l’alternance des roches. Des argiles plastiques (rouges vers Noailhac, Lagleygeolle ou grises au nord de la faille à La Chapelle aux Brocs par ex.) vont pouvoir  avec l’intervention éventuelle de l’eau qui peut les imprégner et les gonfler, constituer une assise meuble, instable, qui peut glisser comme une savonnette sur un substrat plus rigide (grès, par exemple).Voilà donc la source de nos malheurs !

-Si l’incompréhension se manifeste parfois face à des contraintes d’aménagement pour des propriétaires de parcelles concernées, il faut reconnaitre qu’elles se justifient le plus souvent  par mesure de bon sens et de prévention, et le nombre croissant de « catastrophes naturelles » récentes aux effets dévastateurs sur les constructions humaines  devrait toutefois nous inciter à reconnaitre la nécessité de mesures préventives adaptées. Nous ne sommes pas sur la faille de San Andreas, mais le risque de mouvements superficiels (glissements, déformations locales) n’est pas nul dans nos formations géologiques  du permien et il est hélas plus couteux de réparer (quand c’est possible) que de prévenir.

 

La juxtaposition des calcaires et grès variés a contribué à la richesse de notre patrimoine bâti, qui pourra encore être mieux perçu  par la mise en place de  circuits de découverte de la faille de Meyssac.

Ces explications devraient permettre une meilleure compréhension de la richesse et de la diversité  du milieu local.

 

Texte de Guy et Maryse CHANTEPIE

G.A.G.N.

(Groupe d'Amateurs en Géologie de Naves)

 

la faillefossiles